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Comment préserver la Dolomède des roseaux dans les tourbières drainées ? Une étude innovante apporte des réponses...

Dolomède des roseaux © G. Gaudin
Dolomède des roseaux © G. Gaudin

Espèce emblématique des zones humides, la Dolomède des roseaux (Dolomedes plantarius) figure parmi les araignées les plus menacées d’Europe. Étroitement dépendante des milieux tourbeux, elle subit de plein fouet les effets du drainage, de l’intensification des pratiques agricoles et de la dégradation progressive de ses habitats.

Pour mieux comprendre comment préserver cette espèce fragile, l’équipe du LIFE Anthropofens a présenté, lors du Colloque “Gestion et conservation des invertébrés” de Montpellier, les résultats d’une étude inédite portant sur les mécanismes d’occupation spatiale de la Dolomède dans une tourbière drainée.

 

Une approche scientifique innovante : les modèles d’occupation dynamique des sites (dynamic occupancy models)

L’étude repose sur une approche statistique dite des modèles d’occupation dynamique des sites (dynamic occupancy models) permettant d’analyser finement :

  • la présence ou l’absence de l’espèce,
  • l’évolution de son occupation dans le temps,
  • l’influence des caractéristiques du milieu.

Cette méthode est particulièrement adaptée aux espèces discrètes comme Dolomedes plantarius, dont la détection peut varier selon les conditions climatiques, la structure de la végétation ou le stade de développement.

 

Quels facteurs influencent la présence de la Dolomède ?

Les résultats mettent en évidence trois paramètres écologiques majeurs :

  1. Le niveau d’eau

La Dolomède dépend de zones humides peu profondes, maintenues en eau une grande partie de l’année.
Le drainage, en abaissant le niveau d’eau, réduit fortement la disponibilité des micro-habitats essentiels à sa survie.

  1. La structure de la végétation

L’espèce privilégie une végétation dense mais pas trop fermée, composée principalement de roseaux et de plantes hélophytes.
Une gestion trop intensive (fauche répétée ou pâturage permanent) peut déstructurer l’habitat.

  1. La température

Les changements climatiques influencent directement la dynamique de l’espèce, en modifiant les périodes de reproduction et la disponibilité des proies.

 

Des recommandations concrètes pour la conservation

Les résultats de l’étude permettent de proposer des pistes de gestion adaptées pour maintenir des habitats fonctionnels dans les tourbières drainées :

✔️ Privilégier une gestion peu intensive de la végétation

  • Fauche ponctuelle, en rotation,
  • ou pâturage extensif non systématique,
    pour conserver une mosaïque de milieux à la fois ouverts et structurés.

✔️ Limiter le drainage et restaurer l’hydrologie

Rétablir un niveau d’eau plus élevé favorise non seulement la Dolomède mais également l’ensemble de la biodiversité typique des tourbières.

✔️ Maintenir des zones-refuges

Laisser des secteurs non gérés pour servir de refuges permanents à l’espèce.

 

Une avancée majeure pour les tourbières… et leur biodiversité

En identifiant précisément les facteurs qui conditionnent la présence de la Dolomède des roseaux, cette étude constitue un outil précieux pour guider la gestion et la restauration des tourbières drainées. Elle confirme l’importance :

  • d’une gestion adaptée,
  • d’une hydrologie restaurée,
  • et d’une approche fine des micro-habitats.

Un pas de plus vers la sauvegarde de cette araignée remarquable et de l’écosystème fragile des tourbières.

Pour aller plus loin, la publication scientifique associée est disponible ici (sur demande) :
https://www.researchgate.net/publication/396447715_Changements_de_l'occupation_spatiale_de_Dolomedes_plantarius_dans_un_contexte_de_tourbiere_drainee

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